Pouvoir ou autorité : des pratiques nécessaires en éducation ?
La notion d’encadrement, ou d’éducation, et emprunt d’un imaginaire dialectique autour des relations éducateur.trice et enfant. L’oxymore qui tend les professionnel.le.s et intervenant.e.s relève de deux références opposées.
D’une part, une forme libertaire issue d’un imaginaire idéal de l’enfant libre (Neill par exemple), que l’on retrouve en livre de référence, comme un objectif désirable et impossible. En effet, les valeurs de participation, d’autonomie sont prônées régulièrement et mise en avant tant d’un point de vue institutionnel (Cf. agrément JEP par exemple), que par les acteurs privés et associatif. L’autonomie, d’un point de vu éthique, relève en effet de la capacité des enfants à produire les règles communes et à se mobiliser individuellement et seulement à partir de sa volonté, dans le cadre des rapports et attendus sociaux.
D’une autre part, nous retrouvons un rapport à l’enfant comme un être en danger et dangereux, dans son incapacité à gérer ses désirs et les risques de son environnement. On pense ici, au débat autour de l’« enfant roi », ou du discours sur les besoins de règles et du regard porté sur la jeune génération et son incapacité à accepter les règles commues tacites.
Ces deux conceptions s’opposent pour la posture de l’éducateur.trice. Il se doit d’avoir un rôle d’apprentissage et de transmission des règles et comportements admis, mais porte comme une culture professionnel commune un discours éthique parfois contradictoire de changement social par l’éducation, ou de production d’être humain autonome.
Cette situation s’incarne dans une tension dans les rôles et postures en éducation autour de deux mots concepts qui s’opposent mais sont pourtant présenté comme interchangeable : l’autorité et le pouvoir. Considérer comme une forme intrinsèque à l’individu comme le « charisme », l’autorité, ou le pouvoir, sont bien pris comme des éléments nécessaire de la relation d’éducation. Or, il est intéressant de questionner ces termes.
Le pouvoir est « l’empire que l’on exerce sur quelqu’un ». Une forme dominante de capacité à exercer sa volonté sur des personnes ou des choses et à leur imposer sa volonté comme guide et source d’encadrement. Le pouvoir, une situation qui dépasse les capacités des personnes l’exerçant et qui ne nécessite pas l’acceptation des personnes le subissant/ il se situe par-delà la relation interpersonnelle et forme et modifie les perception et les volonté des individus dans la situation. Le fait d’avoir et d’exercer un pouvoir modifie la perception de son environnement et les rapports sociaux qui s’y passe en donnant à cet individu une sensation de regard en contre plongée. Cette situation d’extraction, lui donne la sensation d’une capacité démiurgique à influer le court des choses. Pour les personnes qui sont l’objet du pouvoir, cette situation, leur retire la possibilité d’accepter ce pouvoir et son exercice. Cette ablation du consentement fait percevoir le pouvoir comme un abus, comme une forme assujettissement.
L’autorité d’un autre coté tire son origine et sa forme de l’écrit et de son auteur. En effet, dans sa forme étymologique, l’autorité vient de la même racine qu’auteur en latin. Cette forme donne à voire une forme plus dynamique et qui relève d’une action de celui qui détient ou exerce cette autorité. D’autre part, nous donnons autorité aussi à des choses comme les choses jugés, l’écrit, des histoires, des récits des cosmologies…. Ici, nous voyons bien que pouvoir et autorité ne relève pas des mêmes dynamiques. L’autorité relève ici d’une double dynamique et d’une intention et de pratique de celui ou celle qui l’exerce.
L’autorité comporte ainsi deux dimensions qu’il s’agit d’avoir en tête à chaque étape. Une dimension immanente qui est la légitimité. Cette source de l’autorité va s’inscrire comme le fait d’avoir des caractéristiques reconnaissables par le groupe et donnant « légitimité » aux yeux de chacun.e à exercer cette autorité. Cette « légitimité à exercer la fonction » va s’inscrire dans des formes concrètes (le statut, la fonction, le diplôme, la participation à des réunion, la maîtrise des informations, les comportements déférents des autres, l’appartenance à un groupe, la capacité à entrée dans une salle ou une réunion…).
Une dimension émergente qui est la cohérence. Celle-ci relève aussi de l’individu qui la porte, mais relève surtout des formes de compréhension de l’ensemble des cohérences portées par l’individu (entre ses gestes et ses éthiques, entre ses paroles et ses actes, entre ses valeurs et ses limites, entre ses engagements et ses « combats »). Cette cohérence va donc se construire en situation, et relever de la permanence de sa réalité dans l’intention de son auteur.trice mais aussi dans la perception de celle-ci.
C’est la dynamique dialectique entre les deux processus qui permet aux personnes de donner autorité à une tierce personne pour exercer sur eux une contrainte de décision dans un ensemble de situations données, et pour des rasions explicites. On comprend ici que l’autorité n’est n’y une forme immanente de l’individu, ni immuable dans le temps, l’espace et les contextes. L’autorité est donnée par une personne ou un collectif de personnes, dans un contexte et des conditions particulières, à une tierce personne. Elle est susceptible d’être retirée à chaque instant, si les conditions ne sont pas respecter ou si l’autorité migre vers l’application d’un Pouvoir.
En éducation, s’il est nécessaire que l’éducateur.trice puisse détenir une autorité, il est nécessaire d’en expliciter la cause et son espace d’expression. L’autorité est nécessaire, car les processus éducatifs sont des espaces d’interactions sociales produisant des changements au sein mêmes des individus qui la vive. Lorsqu’une personne est inscrite dans un espace et des dispositif éducatif, elle se trouve l’objet d’un projet de changement pour elle, penser par des tiers en vu de lui permettre d’accéder à une autre étape. C’est donc un espace de transformation, qui accompagne les individus à sortir d’eux-mêmes dans leurs conditions initiales et d’aller vers eux-mêmes dans une condition espéré. il.elle.s n’en ont pas directement formulé le souhait, ni le projet, mais les interactions sociales viennent les aider à effectuer des mouvements de transformation. Cette situation peut être très intéressante et met en tension le sujet dans sa forme identitaire et sa connaissance de soi.
L’autorité, ici, sert le sujet à rester en confiance avec la personne en charge du chemin et du cadre de la situation éducative, et permet de suivre sans en connaître au départ la finalité pour soi, si ce n’est l’intention de l’auteur.
Ainsi, pour qu’une situation éducative soit la plus efficiente possible, il est nécessaire d’accompagner la personne dans la construction de son propre projet, de développer une autonomie dans son processus éducatif. Pour cela, il est nécessaire aux éducateur.trice.s ne mettre en place des formes concrète permettant la mise en place d’une autorité qui aide chacun.e à être réassuré.e sur le processus global, sa condition et sa capacité personnelle à l’arrêter.
Cette autorité va se déployer à partir de pratiques précises :
- la certitude de l’éducateur sur la capacité des personnes à se développer, leurs capacités à construire des projets pour soi : l’éducabilité,
- une pratique partagée inconditionnelle et concrète de coconstruction de la relation éducative : consentement des personnes, suivi et évaluation des situations, capacité à l’arrêter ou à la piloter, des instance ou la parole individuelle et collective est performative,
- Une attention à la distance affective des éducateur.trice.s dans la relation afin que les relations des individus suivi soient inscrites dans des formes égales : la relation entre celui qui pense la relation éducative et celui qui la vit est déséquilibrée, et donc pour qu’un pilotage et une coconstruction puisse exister il faut que les éducateur.trice.s ne construisent pas des relations affectives qui troublent la forme, la nature et le contenu des liens.
Pas bienveillante, l’autorité est bien une forme de transmission temporaire, conditionnée et contextualisée de son autonomie vers une tierce personne afin de réaliser un projet explicite supérieur. Il ne peut en être autrement, car autorité vient de l’auteur, est reste le résultat d’une production.
Ainsi, si l’on distingue pouvoir et autorité, on prend en compte, par exemple, que les formes masculines de la pratique sociale (voix, genre, posture, soumission explicite des pairs…) , donne pouvoir à la personne qui les détient. Ce pouvoir ne relève ni de la relation sociale, ni des personnes concernées par celle-ci, elle est extérieure, et relève d’une structure qui les dépasse. Cette structure est la domination masculine, qui ne s’appuie ni sur la compétence, la pratique ou autre, mais uniquement sur le processus de socialisation qui induit des formes de dominations. Ces formes de la domination, permettent l’exercice d’un pouvoir. Cette permission donner à certaines personnes, en raison de leurs appartenances catégorielles réelles ou supposées, se lit dans la vit sociale sur les anticipations que l’on peut faire sur la capacité d’une personne à produire de la contrainte, ou sur son incapacité, mais aussi sur la reproductibilité de ces soumissions/dominations au cours du temps, et dans l’espace.
